En mai dernier, le CCESCE a fait parvenir à la ville de Lévis un mémoire sur le développement domiciliaire prévu dans le boisé de l'Abbaye à Saint-Romuald. Ce site exceptionnel, bordé par la rivière Etchemin et qui abrite un monument patrimonial important serait largement modifié pour faire place à la construction d'habitations.
Voici donc le mémoire qu'a déposé le CCESCE en mai dernier:
Le 10 mai 2002
Commission d'urbanisme
Ville de Lévis
Danielle Roy-Marinelli
959, rue Hôtel-de-ville
Saint-Jean-Chrysostôme
G6Z 2N8
Objet : Commentaires et recommandations sur le projet «Les Boisés de l'Abbaye»
Madame,
Le comité de citoyens pour un environnement sain en Chaudière-Etchemin (CCESCE) désire vous faire part de ses commentaires et recommandations sur le projet domiciliaire cité en objet. Nos commentaires se veulent constructifs et formulées dans une optique de développement urbain durable, à savoir que le développement économique doit se faire en tenant compte de la protection de l'environnement et du développement social.
Un premier exercice de développement durable a été effectué en 1996 en vue d'un éventuel projet domiciliaire sur le terrain de l'abbaye. Depuis, la création de la nouvelle ville de Lévis en change cependant les données.
Ainsi, les perspectives de développement domiciliaire de l'ancienne ville de Saint-Romuald ne sont pas celles de la ville de Lévis, qui doit avoir une vue d'ensemble lui permettant de mieux concilier le développement urbain et les attentes des résidants.
La construction du projet domiciliaire, en bordure de la rivière Etchemin, se fera sur un site exceptionnel. Compte tenu de la qualité de ce site, les maisons trouveront sûrement preneurs. Il faut cependant aborder ce projet dans une perspective plus large, qui dépasse la seule préoccupation de percevoir des taxes additionnelles. La qualité d'une ville et l'attrait qu'elle présente tiennent beaucoup aux sites naturels qu'elle offre sur son territoire. Le développement urbain doit protéger le plus possible ces sites et permettre à l'ensemble de la population d'en profiter.
La ville de London, en Ontario, est un exemple intéressant. La municipalité a sû planifier le développement durable urbain de manière à améliorer le bien-être des résidants. La rivière Thames, qui passe au cœur de la ville, en est l'endroit névralgique. Plusieurs aires de repos et de récréation ont été aménagées et d'autres sont encore à venir. Pour ce qui est des nouveaux quartiers, ils se développent à un rythme important dans des endroits où la valeur patrimoniale est moins importante.
Mais, revenons à Lévis. Plusieurs citoyens estiment que le site prévu pour le projet domiciliaire mérite d'être préservé. Or, le terrain appartient déjà à un promoteur immobilier. La ville se doit donc d'agir immédiatement pour éviter de perdre en totalité un site naturel d'une aussi grande valeur.
Première recommandation
La ville doit augmenter à au moins une centaine de mètres la distance minimale entre la rivière et les maisons prévues en bordure de la rivière. Cette bande de protection ne comprendrait pas les voies d'accès au quartier. Ainsi, il y aurait un minimum d'espace entre les résidants et la bande verte protégée. Des espaces verts trop petits provoquent fréquemment des conflits d'usage entre les résidants et les utilisateurs.
Deuxième recommandation
Les espaces verts protégés comptent pour beaucoup dans la valeur ajoutée d'un quartier. Toutefois, la préservation de l'intégrité d'un site doit également passer par la protection des massifs forestiers naturels. La section, définie sur le plan du promoteur, prévoit une aire de stationnement à l'entrée de l'espace vert. Or, cette aire de stationnement ne peut être considérée comme un espace vert.
Le CCESCE propose donc qu'une partie importante du massif forestier soit préservée, soit au moins 20 % de la superficie du futur quartier, et que les espaces de stationnement ne soient pas inclus dans ce calcul. De plus, cette superficie devrait être en un seul tenant ce qui augmentera la viabilité à long terme de la diversité biologique associée à ce massif.
Bien qu'il soit souhaitable qu'une piste cyclable soit aménagée dans la portion dite verte du projet, il ne faudrait pas que la ville se limite à ce seul usage récréatif. Il est essentiel qu'une portion de cette bande verte offre aussi la possibilité aux citoyens en général d'avoir accès à la rivière.
Pour faciliter la protection de cet espace, le ministère de l'Environnement du Québec a fait adopter dernièrement une loi touchant la mise en réserve de territoire à des fins de préservation . Ainsi, avec ce nouvel outil économique, le promoteur peut céder, grâce à des incitatifs fiscaux, une partie du territoire pour des fins de préservation. Le CCESCE est d'avis que la ville doit se prévaloir de cette nouvelle loi provinciale.
En conclusion, la ville se doit d'agir rapidement pour éviter que soit dilapidée une portion exceptionnelle du patrimoine naturel de la nouvelle ville de Lévis. Sinon, la valeur et l'attrait de la ville s'en trouveront appauvris.
En espérant que la commission d'urbanisme prendra en considération les recommandations exprimées par le CCESCE. Nous souhaitons vivement que la ville agisse de façon à préserver cet endroit exceptionnel et à en faire profiter l'ensemble de la population de la ville de Lévis.
Veuillez agréer, Madame Roy-Marinelli, mes sentiments distingués.
Madeleine Huberdeau,
Présidente
CCESCE